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Décidé à braver le froid, je me dirigeais une nouvelle fois vers le vieux village perché sur la colline en face de chez moi. Un quart d’heure plus tard, je flânais dans ses ruelles abandonnées. Inutile de vous dire que la période hivernale y était triste pour une personne habituée aux remous de la foule. Seul, deux ou trois personnes âgées, discrètes et vêtues de couleurs sombres, hantaient le village par leurs ombres courbées et fugitives. Et c’est comme cela aussi que le village m’interpellait : noirci par les arbres dépouillés, frissonnant par la pierre grise de ses façades gelé, mélancolique par ses ruelles étroites et brumeuses, écrasé par un ciel densément ouaté, et noyé à perte de vue dans une nature dormante à l’uniformité chromatique et désolé des guérets en contrebas, pour toutes les longues journées de solitude, et les nuits glacées d’un impitoyable hiver. C’est ainsi que je l’avais découvert pour la première fois : dépeuplé, somnolent et charmeur ; dissimulant, puis révélant par petites touches sa mémoire ancestrale ; m’apprivoisant par une irrésistible sagesse ombilicale, telle la doucereuse voix d’une mère à son enfant. Mon pas arpentait les ruelles tranquilles, parfumées d’odeurs antiques, croisant dans quelques recoins de petits jardins intimes. Des portes en chêne massif, de petits escaliers en pierre, des frontispices sculptés ; chaque détail concourait à l’atmosphère lénifiante du charmant village, propice à la méditation. Toutes les maisons se concédaient raisonnablement la vedette l’une à l’autre, chacune appliquée à célébrer au nombre d’or son agréable proportion. En conséquence, tout le village ainsi fait, flattait singulièrement le regard. Et puis des châteaux, des bastides, des maisons de maîtres insoupçonnables du plancher des vaches, sortaient de l’anonymat, fiers et orgueilleux. Il me semblait que tout était à mon attention comme dans une vitrine. Que j’étais seul à pouvoir jouir de ces paysages. Que chaque particule de mon corps se confondait à l’espace infini. Que mon âme s’attachait à ses vertus. Qu’enfin, l’union parfaite s’accomplissait. (D. Louit, extrait du livre "Réminiscences et digressions".)
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